société

La société comme personne, journée d'étude Centre Marc Bloch Berlin 20 juin

philacour's picture

Groupe de Recherche Philosophie Politique et Sociale

20. Juni 2008
Centre Marc Bloch, Raum 114

9:45 bis 15:45 Uhr

LA SOCIÉTÉ COMME PERSONNE

Métaphores de la « personnalité collective » dans l'histoire de la pensée sociale,

du contractualisme à l'anthropologie contemporaine

Organisation: Jean TERRIER

http://www.cmb.hu-berlin.de/cmb/main/popup_scientist.php?eventID...

Cette journée d'étude se propose de réfléchir sur les métaphores de la personnalité collective, telles qu'appliquées aux collectivités de grande envergure (« peuples », « nations »). D'un point de vue d'histoire des concepts, « caractère national » et « âme des peuples » (avec ses déclinaisons: « âme française », « âme russe », « esprit allemand », etc.) ont été les expressions les plus utilisées pour décrire l'existence supposée d'entités psychiques supra-individuelles (susceptibles donc d'avoir une « personnalité »), ou, plus simplement, de personnalités typiques de certains contextes nationaux.

Pour penser la personnalité collective, il faut pouvoir concevoir que les diverses populations regroupées en entités politiques (en particulier les Etats-nations) sont plus que la somme de leurs parties. Il y a, au sein de ces entités, non seulement en plus mais souvent en place des individus (et exigeant d'eux une fonction, donc une conduite) des personnes collectives: la nation elle-même, le peuple comme totalité organique. Les peuples organisés peuvent ainsi être comparés à des êtres vivants, et en particulier à des personnes humaines. Dans ce dernier cas, ces peuples acquièrent d'emblée non seulement une physiologie, mais aussi une psychologie: une âme possédant ses particularités (sa personnalité), qui la distinguent de celle des autres peuples. La notion d'âme des peuples présente donc les sociétés comme à la fois stables, homogènes, et uniques en leur genre.

L'idée d'âme des peuples ou de caractère national, ainsi que les théories sociales dont elle dépend le plus souvent (déterminisme climatologique ou historique, organicisme, racialisme parfois) a connu un grand succès vers le milieu du 19e siècle, à l'heure des grands nationalismes et de la solidification des Etatsnations. Elle a servi de fondement ou d'inspiration à des classiques de disciplines aussi variées que l'histoire littéraire, la psychologie, ou le droit, ainsi qu'à des oeuvres littéraires. Cette idée a en revanche perdu la majeure partie de son crédit scientifique dans le courant du 20e siècle, en partie à la suite des critiques des sociologues et anthropologues de la première moitié du siècle comme Boas, Durkheim, Mauss ou Weber, mais aussi de celles de juristes comme Duguit ou Kelsen.

C'est entre autres sur ce moment charnière que cette journée d'étude mettra l'accent, afin de comprendre d'une part le contexte au sein duquel l'idée de personnalité collective s'est pour ainsi dire offerte à la pensée comme un passage obligé, et de l'autre le moment d'épuisement d'un paradigme; nous nous intéresserons donc aux motivations et aux formes de la transition à une situation des sciences humaines où l'idée de personnalité collective est rejetée comme inutile, voire dangereuse. Mais nous essaierons de voir aussi comment et pourquoi l'idée d'âme des peuples continue de hanter le discours politique, et parfois même nos propres disciplines, souvent sous d'autres noms: culture, civilisation... Nous discuterons ainsi l'hypothèse que l'idée de personnalité collective relève des fondements mêmes de la modernité politique: car c'est bien la notion centrale de souveraineté qui nous force à penser l'Etat (et donc la société qu'il représente) comme une personne, en tant qu'il est l'expression de la volonté collective des citoyens rassemblés en un corps politique.

Programme

09h45-10h00 Jean TERRIER : bienvenue et introduction

10h00-11h00 Nicola MARCUCCI : La souveraineté en personne: Hobbes et Spinoza

11h00-11h15 pause

11h15-12h15 Jean TERRIER : Du « caractère national » au concept de « culture », 1900-1930

12h15-13h30 déjeuner

13h30-14h30 Soraya NOUR: Kelsen, critique des hypostases collectives de la société et de l'Etat

14h30-14h45 pause

14h45-15h45 Emmanuel DÉSVEAUX : L'idée de personnalité collective dans l'anthropologie

Nicola MARCUCCI, philosophe et sociologue, est titulaire d'un licence en philosophie et d'un doctorat en sociologie de l'université de Pise, ainsi que d'une maîtrise en philosophie de l'Université de Paris-X Nanterre. Chargé d'enseignement à l'Université de Milan-Bicocca, il est actuellement Visiting Fellow auprès de la chaire de sociologie du Prof. Klaus Eder à l'Université Humboldt de Berlin (semestre d'été 2008). Ses recherches portent sur l'histoire longue de la pensée sociale en Europe, avec un accent sur les rapports entre la tradition contractualiste et la pensée sociologique. Il prépare en ce moment une édition italienne des écrits de Ferdinand Tönnies sur Spinoza.

Jean TERRIER, politologue et historien des idées, est boursier Alexander von Humboldt à l'Institut de sciences sociales de l'Université Humboldt de Berlin et chercheur associé au Centre Marc-Bloch. Il est licencié ès sciences politiques de l'Université de Lausanne, maître en histoire intellectuelle de l'Université de Cambridge et docteur de l'Institut universitaire européen. Ses publications récentes abordent le thème des rapports entre pensée politique et sciences sociales dans la période 1850-1920, examinant notamment les enjeux politiques de l'idée de cohésion sociale et la manière dont cette dernière trouve son expression dans des concepts tels que société, solidarité, nation, culture. Il se consacre actuellement à un travail d'archive sur un texte partiellement inédit de Marcel Mauss, La nation.

Soraya NOUR enseigne à l’Université de Lille II (Centre d’Histoire Judiciaire) et au Collège International de Philosophie de Paris. Ses recherches portent sur la philosophie du droit international, les relations internationales et le mouvement pacifiste. Parmi ses publications: "Kelsen as reader of Freud : the identity issue" (ARSP Beiheft 114 : 206-216, 2007) ; "Weltöffentlichkeit als völkerrechtliche Kategorie" (ARSP 90 (3):391-405, 2004). À paraître: (dir.) The Minority Issue: Law and the Crisis of Representation (Berlin, D & H: 2008) ; (dir., avec Ch. Lazzeri) Reconnaissance, intégration et identité (Nanterre, PU Paris X: 2008); (dir., avec O. Remaud) War and Peace. The Role of Sciences and Arts (Berlin, WdG: 2008).

Emmanuel DÉSVEAUX, ethnologue, est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en SciencesSociales et Adjunct Professor à l’Université de l’Indiana (Bloomington). Après des études de géographie, il s'est tourné vers l'ethnologie, consacrant deux années à un travail de terrain dans le nord du Canada auprès des Indiens Ojibwa. Il a été directeur scientifique du musée du quai Branly (2001-2006). Il est actuellement rattaché à l’Institut d’ethnologie européenne de l’université Humboldt et au Centre Marc-Bloch de Berlin. Il a récemment publié Quadratura Americana, Essai d'anthropologie lévi-straussienne (Genève: Georg, 2001) et Spectres de l’anthropologie, suite nord-américaine (Paris: Aux-lieux-d’être, 2007)
Organisation et contact: Jean TERRIER, Humboldt Universität / Centre Marc-Bloch, Berlin (jet@cmb.hu-berlin.de)

Centre Marc Bloch
Schiffbauerdamm 19
U-Bahn/S-Bahn: Friedrichstrasse
D-10117 Berlin
Tel.: + 49 (0)30 - 20 93 37 95/96
http://www.cmb.hu-berlin.de/cmb/main/index.php?cms_menu_id=480&l...


La société comme personne, journée d'étude Centre Marc Bloch Berlin 20 juin

philacour's picture

Groupe de Recherche Philosophie Politique et Sociale

20. Juni 2008
Centre Marc Bloch, Raum 114

9:45 bis 15:45 Uhr

LA SOCIÉTÉ COMME PERSONNE

Métaphores de la « personnalité collective » dans l'histoire de la pensée sociale,

du contractualisme à l'anthropologie contemporaine

Organisation: Jean TERRIER

http://www.cmb.hu-berlin.de/cmb/main/popup_scientist.php?eventID...

Cette journée d'étude se propose de réfléchir sur les métaphores de la personnalité collective, telles qu'appliquées aux collectivités de grande envergure (« peuples », « nations »). D'un point de vue d'histoire des concepts, « caractère national » et « âme des peuples » (avec ses déclinaisons: « âme française », « âme russe », « esprit allemand », etc.) ont été les expressions les plus utilisées pour décrire l'existence supposée d'entités psychiques supra-individuelles (susceptibles donc d'avoir une « personnalité »), ou, plus simplement, de personnalités typiques de certains contextes nationaux.

Pour penser la personnalité collective, il faut pouvoir concevoir que les diverses populations regroupées en entités politiques (en particulier les Etats-nations) sont plus que la somme de leurs parties. Il y a, au sein de ces entités, non seulement en plus mais souvent en place des individus (et exigeant d'eux une fonction, donc une conduite) des personnes collectives: la nation elle-même, le peuple comme totalité organique. Les peuples organisés peuvent ainsi être comparés à des êtres vivants, et en particulier à des personnes humaines. Dans ce dernier cas, ces peuples acquièrent d'emblée non seulement une physiologie, mais aussi une psychologie: une âme possédant ses particularités (sa personnalité), qui la distinguent de celle des autres peuples. La notion d'âme des peuples présente donc les sociétés comme à la fois stables, homogènes, et uniques en leur genre.

L'idée d'âme des peuples ou de caractère national, ainsi que les théories sociales dont elle dépend le plus souvent (déterminisme climatologique ou historique, organicisme, racialisme parfois) a connu un grand succès vers le milieu du 19e siècle, à l'heure des grands nationalismes et de la solidification des Etatsnations. Elle a servi de fondement ou d'inspiration à des classiques de disciplines aussi variées que l'histoire littéraire, la psychologie, ou le droit, ainsi qu'à des oeuvres littéraires. Cette idée a en revanche perdu la majeure partie de son crédit scientifique dans le courant du 20e siècle, en partie à la suite des critiques des sociologues et anthropologues de la première moitié du siècle comme Boas, Durkheim, Mauss ou Weber, mais aussi de celles de juristes comme Duguit ou Kelsen.

C'est entre autres sur ce moment charnière que cette journée d'étude mettra l'accent, afin de comprendre d'une part le contexte au sein duquel l'idée de personnalité collective s'est pour ainsi dire offerte à la pensée comme un passage obligé, et de l'autre le moment d'épuisement d'un paradigme; nous nous intéresserons donc aux motivations et aux formes de la transition à une situation des sciences humaines où l'idée de personnalité collective est rejetée comme inutile, voire dangereuse. Mais nous essaierons de voir aussi comment et pourquoi l'idée d'âme des peuples continue de hanter le discours politique, et parfois même nos propres disciplines, souvent sous d'autres noms: culture, civilisation... Nous discuterons ainsi l'hypothèse que l'idée de personnalité collective relève des fondements mêmes de la modernité politique: car c'est bien la notion centrale de souveraineté qui nous force à penser l'Etat (et donc la société qu'il représente) comme une personne, en tant qu'il est l'expression de la volonté collective des citoyens rassemblés en un corps politique.

Programme

09h45-10h00 Jean TERRIER : bienvenue et introduction

10h00-11h00 Nicola MARCUCCI : La souveraineté en personne: Hobbes et Spinoza

11h00-11h15 pause

11h15-12h15 Jean TERRIER : Du « caractère national » au concept de « culture », 1900-1930

12h15-13h30 déjeuner

13h30-14h30 Soraya NOUR: Kelsen, critique des hypostases collectives de la société et de l'Etat

14h30-14h45 pause

14h45-15h45 Emmanuel DÉSVEAUX : L'idée de personnalité collective dans l'anthropologie

Nicola MARCUCCI, philosophe et sociologue, est titulaire d'un licence en philosophie et d'un doctorat en sociologie de l'université de Pise, ainsi que d'une maîtrise en philosophie de l'Université de Paris-X Nanterre. Chargé d'enseignement à l'Université de Milan-Bicocca, il est actuellement Visiting Fellow auprès de la chaire de sociologie du Prof. Klaus Eder à l'Université Humboldt de Berlin (semestre d'été 2008). Ses recherches portent sur l'histoire longue de la pensée sociale en Europe, avec un accent sur les rapports entre la tradition contractualiste et la pensée sociologique. Il prépare en ce moment une édition italienne des écrits de Ferdinand Tönnies sur Spinoza.

Jean TERRIER, politologue et historien des idées, est boursier Alexander von Humboldt à l'Institut de sciences sociales de l'Université Humboldt de Berlin et chercheur associé au Centre Marc-Bloch. Il est licencié ès sciences politiques de l'Université de Lausanne, maître en histoire intellectuelle de l'Université de Cambridge et docteur de l'Institut universitaire européen. Ses publications récentes abordent le thème des rapports entre pensée politique et sciences sociales dans la période 1850-1920, examinant notamment les enjeux politiques de l'idée de cohésion sociale et la manière dont cette dernière trouve son expression dans des concepts tels que société, solidarité, nation, culture. Il se consacre actuellement à un travail d'archive sur un texte partiellement inédit de Marcel Mauss, La nation.

Soraya NOUR enseigne à l’Université de Lille II (Centre d’Histoire Judiciaire) et au Collège International de Philosophie de Paris. Ses recherches portent sur la philosophie du droit international, les relations internationales et le mouvement pacifiste. Parmi ses publications: "Kelsen as reader of Freud : the identity issue" (ARSP Beiheft 114 : 206-216, 2007) ; "Weltöffentlichkeit als völkerrechtliche Kategorie" (ARSP 90 (3):391-405, 2004). À paraître: (dir.) The Minority Issue: Law and the Crisis of Representation (Berlin, D & H: 2008) ; (dir., avec Ch. Lazzeri) Reconnaissance, intégration et identité (Nanterre, PU Paris X: 2008); (dir., avec O. Remaud) War and Peace. The Role of Sciences and Arts (Berlin, WdG: 2008).

Emmanuel DÉSVEAUX, ethnologue, est directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en SciencesSociales et Adjunct Professor à l’Université de l’Indiana (Bloomington). Après des études de géographie, il s'est tourné vers l'ethnologie, consacrant deux années à un travail de terrain dans le nord du Canada auprès des Indiens Ojibwa. Il a été directeur scientifique du musée du quai Branly (2001-2006). Il est actuellement rattaché à l’Institut d’ethnologie européenne de l’université Humboldt et au Centre Marc-Bloch de Berlin. Il a récemment publié Quadratura Americana, Essai d'anthropologie lévi-straussienne (Genève: Georg, 2001) et Spectres de l’anthropologie, suite nord-américaine (Paris: Aux-lieux-d’être, 2007)
Organisation et contact: Jean TERRIER, Humboldt Universität / Centre Marc-Bloch, Berlin (jet@cmb.hu-berlin.de)

Centre Marc Bloch
Schiffbauerdamm 19
U-Bahn/S-Bahn: Friedrichstrasse
D-10117 Berlin
Tel.: + 49 (0)30 - 20 93 37 95/96
http://www.cmb.hu-berlin.de/cmb/main/index.php?cms_menu_id=480&l...


Syndicate content